À la notion de « premier de cordée » parfois dévoyée, le guide de haute montagne François Damilano et le physicien alpiniste Étienne Klein préfèrent celle d’« esprit de cordée ». « S’encorder, c’est s’agréger, mettre sa vie en gage dans les mains d’un autre », explique l’un. « Plus que la somme de ses parties… presque une intrication au sens quantique du terme », poursuit l’autre. Engagés dans la traversée des Grandes Jorasses – immense muraille du massif du Mont-Blanc dressée à plus de 4 000 mètres entre la France et l’Italie –, tous deux ont mis ce lien particulier à l’épreuve. Entre météo versatile et parois chamboulées par le changement climatique, la longue ascension est devenue expérimentation in vivo de ce que l’un et l’autre recherchent en altitude. De la genèse du projet jusqu’au retour dans la vallée de Chamonix, chacun livre le flot de pensées suscité par l’immersion dans cet univers vertigineux. Trois jours et deux nuits où la vie ne tient qu’à un fil, où la montagne interroge la cordée sans fard. Deux récits croisés d’un précipité existentiel.